Soutenance de Thèse d'Elizabeth Worliczek du PPME

La soutenance de thèse en anthropologie d'Elisabeth Worliczek est prévue le Vendredi 18 juillet à 18h00 dans l'Amphi 400.

Co-dirigée par Pr. M. Allenbach (PPME/UNC) et Pr. Hermann Mueckler (Université de Vienne - Autriche)

Titre de la thèse :"La vision de l’espace littoral sur l’île Wallis et l’atoll Rangiroa dans le contexte du changement climatique. Une analyse anthropologique de la perception de la population locale"

Résumé :

Ce travail de thèse analyse la perception locale des changements de l’environnement, et plus précisément, celle du changement climatique. Les deux terrains étudiés sont l’île de Wallis (Wallis et Futuna) et l’atoll de Rangiroa (Polynésie Française) qui se distinguent par leur géomorphologie et leur organisation sociale bien que faisant partie, toutes deux, faisant partie de l’ensemble francophone du Pacifique sud et de la région culturelle polynésienne.

Il s’agit de comprendre la vision de la population locale sur les changements en cours et à venir. Le travail réalisé s’appuie sur l’analyse de quatre indicateurs, réalisée sur la base des méthodes de l’anthropologie. L’indicateur « espace » informe sur la perception de l’espace, l’habitat, le foncier et la migration. Celui consacré aux « ressources » révèle des dynamiques importantes dans le contexte des prélèvements de sable, de l’érosion du littoral et de la construction des murs de protection. L’indicateur « catastrophes » traite  des cyclones et des tsunamis qui aident à cerner la perception des dangers potentiels liés aux risques naturels. Finalement, l‘indicateur « faits sociaux » décrit la conception du « changement climatique » et de son discours scientifique, le rôle des médias et des politiques, les observations réalisées et leur interprétation locale. Finalement, des scénarios d’avenir dans le contexte de la montée des eaux sont évoqués.

Les analyses présentées sont nées d’un questionnement posé par les spécialistes du génie civil côtier soucieux, d’une part, d’avoir une meilleure connaissance de la perception de l’espace littoral par les populations locales, et d’autre part, d’obtenir les clefs de compréhension utiles à l’acceptation de leurs actions. Dans un contexte océanien où la gestion intégrée de l’espace littoral est complexe et différente de celle du monde occidental, les finalités sous tendues par l’analyse anthropologique étaient la prévention contre les dysfonctionnements actuellement observés et  la  préservation améliorée d’un espace vital pour les  populations insulaires.

Le travail, inscrit dans une approche pluridisciplinaire, croisant la vision des faits sous l’angle des sciences dures et des sciences humaines, se veut être une aide à l’analyse d’une problématique qui va impacter très fortement tous les espaces littoraux de la planète: la transgression marine annoncée, liée aux effets du changement climatique global. Les îles océaniennes sont des milieux fragiles et menacés à court et moyen termes  et ce mémoire est une contribution à l’analyse, vu sous l’angle de l’approche anthropologique, des stratégies d’adaptation qui pourraient être choisies et acceptées par les populations dans le futur.

L’étude montre qu’il existe trois groupes de facteurs clefs qui interviennent d’une manière très importante dans la communication à mettre en place entre la population locale et les techniciens spécialistes de l’aménagement littoral (1) Les idées sur le changement climatique, la manière de gérer le foncier et une façon très administrée de structurer la vie qui sont des concepts importés, non inhérents à la culture polynésienne. (2) Le mode de vie d’aujourd’hui sur les espaces étudiés qui augmente significativement l’exposition aux risques naturels. La nature flexible et mobile de l’habitat faisait  partie intégrante de la vie sur les îles. Elle offrait une manière dynamique de s’adapter aux changements environnementaux.. Cette flexibilité tend à disparaître petit à petit, ce qui contribue fortement aux dysfonctionnements constatés. (3) Le mode de communication qui est primordial dans l’implémentation de nouvelles idées. La culture polynésienne est basée sur l’oralité. Les textes légaux écrits et créés sans prise en compte des spécificités de la vision océanienne de l’espace littoral ne sont pas adaptés au fonctionnement local. Il faut donner de l’espace à la discussion, car c’est par la parole que l’on pourra intégrer d’autres visions importées. Ceci est également vrai en ce qui concerne la communication du changement climatique. Bien souvent, les informations fournies par les médias ou les scientifiques ne sont pas perçues d’une manière optimale qui permettrait de les intégrer facilement.